Un jeune en train de récolter des informations pour un voyage
Le forum “Partir à l’étranger” de Limoges a réuni une vingtaine d’organismes et permis à plus de six cents jeunes du Limousin de se renseigner et de trouver des idées pour leur future mobilité.
“Les voyages forment la jeunesse…” Lorsque Montaigne écrit ces mots au XVIe siècle, il pense que le voyage est pour les jeunes une façon d’apprendre, de s’ouvrir au monde et aux autres. Depuis, rien n’a changé, dirait-on. Ou presque.
Au forum “Partir à l’étranger” qui tend à ouvrir le champ des possibles aux jeunes qui souhaitent s’exporter, les visiteurs sont venus débusquer idées et conseils, pour articuler leurs envies d’ailleurs autour d’un projet stable. Que celui soit universitaire ou professionnel. « Chaque projet est unique et notre mission consiste à accompagner et à orienter chaque jeune vers l’organisme correspondant », explique Alicia Beucher Negremont, en charge de la mobilité internationale à Infos Jeunes.
“Depuis la pandémie, on constate une hausse des demandes. Déjà au lycée, certains veulent partir autant pour vivre une aventure humaine que pour ajouter une ligne à leur CV, étaye Alicia Beucher Negremont. Il y a cette volonté marquée d’aligner travail et vie personnelle. Au forum, tous les profils s’entremêlent : des parents qui tirent le bras de leur enfant. « Regarde, toi qui me parles tout le temps du Japon », exhorte une maman. Il y avait les déterminés, ceux pour qui c’est une évidence, pour qui l’ailleurs et la découverte sont nécessaires. Il y avait les timides, qui pas à pas s’approche d’un stand qui, peut-être, les conduira à des milliers de kilomètres de là. Puis il y avait les professionnels, pour les guider. Devant le stand du club Rotary, une association internationale créée en 1905, il y a foule. Si certaines voyagent à travers le monde, le Rotary, lui, voyage à travers le temps. Jean-Pierre Lardy, bénévole depuis 10 ans, a su séduire le jeune public. « Le club Rotary opère dans le monde entier. Nous organisons des échanges d’un an entre familles. Environ 11.000 jeunes par an transitent via le Rotary. » Il faut avoir entre 15 ans et demi et 17 ans et demi pour bénéficier des programmes du Rotary.
« Quand vous revenez, vous ramenez des souvenirs, des moments de vie, confie Jean-Pierre Lardy. Je me souviens de cette fille de Limoges, fan de heavy metal. Elle était partie au Japon sans pouvoir emporter sa guitare. En un an, elle est passée par six familles différentes, dont une plutôt aisée, qui lui a offert une guitare. Ce qui lui a permis de jouer dans des clubs japonais. » Si ces voyages sont principalement motivés par un cursus ou un emploi, certains le sont par une envie de changement de vie.
Une « pédagogie » pour voyager autrement
Le forum proposait plusieurs formes de voyages ou de volontariats à l’étranger, et parmi eux, le woofing. Créé en Angleterre en 1971, ce dispositif permet d’être accueilli sur une ferme biologique dans le monde entier, pendant une durée déterminée. Le woofeur est alors reçu « comme un ami qui vient donner un coup de main », explique Marie-Hélène Evert, référente de la branche France-Limousin de l’association. « C’est une éducation populaire à la terre, une vraie forme de pédagogie. » Il existe un site de woofing par pays et tout se passe sur internet, du choix du voyage à la prise de contact et à l’organisation de la vie sur place. Chaque annonce répertorie scrupuleusement les activités proposées et les conditions de vie. Les relations ne sont pas monétisées. En revanche, l’adhésion à l’association et le voyage sont à la charge du woofeur. Sur place, il ne débourse rien. Du côté des fermes, les annonces sont étudiées avec soin : les demandes sont examinées par l’association et doivent correspondre aux critères de l’organisme (logement correct, bioagriculture, bienveillance, pédagogie). À noter que 75 % des candidatures sont acceptées. S’il faut avoir 18 ans au minimum, il n’y a pas d’âge limite. Chaque bénévole doit cependant retenir que c’est un engagement associatif « à participer à la vie de la ferme ». En 2024, ils étaient environ 10.000 Français à tenter l’expérience. L’occasion d’apprendre et de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir des activités. Même en hiver, il y a toujours de quoi s’occuper : taille des pépinières, prendre soin des animaux, etc. Les possibilités sont multiples, les offres variées et les accompagnants concernés. « Le voyage permet, lors du retour, de porter un regard différent sur la France. Ça nourrit une confiance, une autonomie, ça rend plus mature, relance Alicia Beucher Negremont. Quand les jeunes reviennent, ils veulent repartir. »
Le témoignage de Floriane, 28 ans
De nombreux dispositifs existent pour permettre aux jeunes de voyager : Erasmus, service civique, volontariat, etc. Lors du forum « Partir à l’étranger », ils étaient plusieurs à faire part de leur expérience. C’est le cas de Floriane, 28 ans. Elle a suivi deux programmes : une mission avec le Corps européen de solidarité en Hongrie pendant huit mois et un service civique d’un an en Slovaquie. Elle voulait découvrir la culture d’un autre pays et partager les siennes, française et mauricienne. Dans ce but, Floriane s’était rapprochée d’Infos Jeunes pour faire le point sur les différentes possibilités. À 23 ans, elle part donc en Hongrie. Avec des volontaires d’autres pays, ils se rendent dans les structures locales (hôpitaux pour les enfants, crèches, maisons de retraite, etc.) pour présenter leur culture.
« Voyager m’a permis de me découvrir.«
Un an après, Floriane voyage en Slovaquie grâce à un service civique, à l’École française de Bratislava. Elle travaillait à la fois avec les assistants d’éducation (AED), les professeurs pour des projets culturels et gérait la communication sur les réseaux sociaux. Pour la jeune femme, voyager c’est « se confronter à une autre culture ». Même s’il y a toujours un risque de « partir dans l’inconnu », le cadre officiel permet une prise en charge, avec des financements et des interlocuteurs (qui dépendent des structures). « Si maintenant ma vie est en France, le voyage reste ancré en moi », explique Floriane en souriant, « j’ai appris qui j’étais vraiment. » Étonnamment, c’est en Hongrie qu’elle a pu renouer avec sa culture mauricienne, surtout la cuisine. Au point qu’elle a dorénavant une activité de traiteur à son domicile. « C’était à la fois une révélation professionnelle et personnelle. »
Comme si ces nombreux dispositifs permettaient de se forger un avenir cohérent, entre poursuite d’objectifs professionels et quête de sens.
