Hélène Lasternas, proviseure au lycée de Saint-Chély d’Apcher.
Dans un département rural comme la Lozère, où l’offre de formations supérieures reste limitée et la mobilité compliquée, les étudiants post-bac optent majoritairement pour des études courtes. Faut-il y voir un manque d’ambition ou le reflet de réalités territoriales fortes ? Entre discours institutionnels et témoignages de terrain, le débat reste ouvert.
Les étudiants post-bac en Lozère manquent-ils d’ambition ? C’est une remarque qui revient souvent dans les cercles éducatifs : les jeunes Lozériens privilégieraient les études courtes, au détriment des cursus plus longs. Faut-il y voir un manque d’ambition ou une conséquence de réalités locales bien spécifiques ? Une orientation majoritairement tournée vers les formations courtes En Lozère, département rural le moins peuplé de France, à défaut de statistiques précises, les tendances observées laissent peu de doute : une majorité de bacheliers choisissent des formations courtes, comme les BTS ou les BUT. Une orientation largement influencée par l’offre de formations disponibles localement. À Mende, principal pôle éducatif du département, ce sont ces formations courtes qui dominent. Pour poursuivre des études longues, les jeunes doivent partir, souvent loin, dans des villes comme Montpellier, Clermont-Ferrand ou Toulouse. Or, cette mobilité n’est pas simple : transports en commun peu développés, éloignement familial, coûts supplémentaires… Autant d’obstacles qui pèsent dans la balance.
Un phénomène rural… et national
La Lozère n’est pas une exception. À l’échelle nationale, les jeunes issus de zones rurales ou de milieux modestes sont surreprésentés dans les formations courtes. Ces cursus permettent une insertion professionnelle rapide, sont souvent perçus comme plus accessibles, tant sur le plan financier que logistique.
“Il manque encore un déclic pour qu’ils osent”
Le directeur académique des services de l’Éducation nationale (DASEN), David Raymond, évoque un blocage plus profond : “Il manque encore un déclic pour qu’ils osent. On est vraiment sur ça, ‘oser’. Je ne sais pas s’il s’agit d’un manque d’ambition, mais nous travaillons avec les chefs d’établissement sur l’ambition.” Lors d’une visite de terrain fin avril, il accompagne la rectrice nouvellement nommée de l’académie de Montpellier et ajoute : “Les Lozériens veulent rester. C’est aussi une particularité du territoire.” Une explication que ne partage pas entièrement Hélène Lasternas, proviseure du lycée Théophile Roussel de Saint-Chély-d’Apcher : “Pour avoir exercé dans le Médoc, on parle de manque d’ambition dès qu’on est à plus de 50 km d’une grande métropole.” Pour elle, “il ne s’agit pas d’un manque d’ambition ou d’un attachement bloquant au territoire, mais bel et bien des difficultés accrues à quitter le territoire.”
Entre attachement, contraintes… et initiatives
Le lycée qu’elle dirige, qui compte 260 élèves répartis sur 22 classes, met pourtant tout en oeuvre pour élargir les horizons. Programme Erasmus, stages à l’étranger pour les élèves de voie professionnelle… “Pour les stages de fin d’année en Espagne, nous avions un nombre limité de places, et nous n’avons eu aucun mal à trouver des volontaires”, souligne-t-elle. La motivation est là, selon elle, mais les freins sont nombreux : “Les déplacements impliquent toute la famille, puisqu’ici, il n’y a pas de bus, pas de train. Le facteur économique est aussi à prendre en compte.” Quant à l’attachement au territoire, il ne serait pas nécessairement un frein. “Parfois, les retours sont subis, mais parfois, ils sont choisis. Il faut aussi voir le nombre d’emplois disponibles.”
“On ne répond pas de la même manière d’un territoire à l’autre”
La rectrice de l’académie de Montpellier, Carole Drucker-Godard, semble en avoir pleinement conscience. “Je ne peux pas affirmer que je connais l’Occitanie, et c’est tant mieux. Cela demande du travail, du travail de découverte, de compréhension du territoire”, a-t-elle déclaré lors de sa visite en Lozère. Et de conclure : “C’est important de pouvoir s’y intégrer, parce qu’on va répondre aux élèves : d’un territoire, d’un département à l’autre, on ne répond pas de la même manière.” Alors, ambition ou adaptation ? La question reste ouverte : les étudiants lozériens manquent-ils d’ambition ou font-ils simplement preuve de pragmatisme face à des contraintes territoriales bien réelles ? Si les défis sont là, les initiatives pour y répondre aussi. Reste à voir si elles suffiront à déclencher ce fameux “déclic”.
