Musicien, amateur de rap de 23 ans, Lucas.D se confie sur son parcours et les difficultés rencontrées lorsque la vie impose de jongler entre activité professionnelle et passion dévorante. Interview.
Quel est ton parcours ?
Après mon bac S, à l’époque du Covid, j’ai tenté une école d’ingénieurs du son. C’est un peu pile ou face. J’ai été pris, heureusement. Jusqu’au moment où cette école, a cessé de me plaire. L’année m’a couté 8000 euros. Je me suis dirigé vers un service civique dans les écoles primaires. Puis de l’intérim. Puis j’ai été à la Mission locale, j’ai fait caissier aussi. Je me suis rendu compte que je ne faisais pas grand-chose. J’errais.
Que retiens-tu de toutes ces expériences ?
Après le bac, c’est un peu un tournant. C’est-à-dire, le moment où je perds 8 000 euros, je me plonge dans une forme de léthargie, de vide. Je ne me reconnaissais plus dans la réalité, dans le système. Je voulais voyager mais les finances m’en empêchaient. Alors, je me suis plongé dans la musique.
Qu’est-ce que le travail représente pour toi ?
Je crois qu’il y a le travail d’un côté et la passion de l’autre. Je réalise que professionnaliser sa passion, c’est particulièrement compliqué. Surtout quand tu ne connais personne, quand tu viens d’une petite ville et que tu ne pars de rien. Et puis, le travail, c’est une obligation. C’est pour vivre, pour manger. J’ai compris avec les années que le travail, tel qu’il soit, suscite du mouvement. La passion, elle, vit au gré des émotions, surtout quand il s’agit de métiers créatifs. Le travail, c’est plus froid, plus routinier.
Le plaisir au travail, c’est une condition requise pour toi ?
Je pense que, dans nos sociétés, travail et plaisir ne sont pas naturellement liés. Même si ils l’étaient, parfois même les choses qui me plaisent se mettent à me déplaire. Je me suis déjà pris la tête à deux mains en composant, à m’en forcer. L’inconvénient du métier passion, c’est l’implication de l’émotionnel dans l’exercice de ce métier.
Alors, comment vit-on de la musique ? Comment tu le rêves et l’articules ?
Moi, je pense que vivre de sa musique, c’est pouvoir se plonger, chaque jour, dans un processus créatif. Mais, vouloir faire de la musique ça implique aussi de faire de la vidéo, de communiquer, de démarcher, de rencontrer d’autres artistes. C’est pas juste le volet musical. L’un des risques dans les métiers artistiques : c’est l’absence de cadre. Que ça soit dans la surproduction ou dans l’absence de production justement. La passion est une bonne raison de se lever, de se mettre en mouvement.
Mais encore une fois, je crois qu’il faut toujours mettre une distance avec sa vie pro et soi-même. C’est aussi ça, ce qui est un peu compliqué.
Ta pire expérience ?
Je faisais partie d’un groupe. J’ai déménagé à Paris pour tenter avec les membres pour tenter le rap à fond, limite tout sacrifier. C’est un peu difficile de diviser toi et ta passion. Tu te donnes tellement au point où tu te sacrifices personnellement pour ton art. Concernant cette aventure parisienne contrastée, j’ai été mis en danger physiquement, mis en danger psychologiquement par des membres de mon groupe, à des moments, à des fins de concert, dans un cadre censé être professionnel. Au-delà de tout ça, je n’ai jamais été aussi envahi par l’envie et la détermination que quand je suis monté sur scène. Mes meilleures expériences cohabitent avec les pires.
